J'aime pas la gay pride mais je peux pas le dire trop fort parce que, bah déjà je bosse dans un média ggay, et parce que c'est compliqué d'expliquer pourquoi en deux mots. Je ne pense pas comme ces idiotes qui trouvent que "ça donne une mauvaise image des gays" etc. Je pense qu'une manif à date fixe n'est pas une manif puisqu'elle ne réagit à rien, que le message est perdu dans la fête donc autant dire que c'est une fête tout court on se fera moins chier. En plus, faire une manif à date fixe ça décourage l'initiative le reste de l'année, on se dit "bah on en râlera à la gay pride". Mais bon, ça c'est pas grave, on ne déteste pas une marche pour ça. D'ailleurs je n'en veux à personne d'y trouver son compte, c'est juste que pour moi, à part la première, ça s'est toujours mal passé:
1997 Europride, ma première, pas de problème. Je suis avec des copains on danse, on fait la fête on trouve ça génial.
1998 Toronto Pride. Je découvre avec horreur que la pride de Toronto est une foire du commerce ambulant. Les pédés et les gouines ne défilent pas, ils restent sagement sur les côtés et regardent passer les chars qui leur tendent divers objets de promo. Les chars sont ceux de budweiser, Universal studios, etc, la palme revenant à la secte Raël qui défile sur un char thème "labo scientifique" avec des gogos en slip argenté et masque de chercheur nucléaire, et le slogan "cloning is babies for gays". Tout ça devant trois cents mille idiotes en extase.
1999 Toronto à nouveau. Cette année là, mon pote Vincent était venu de Paris et on s'est dit qu'on allait en profiter quand même, au moins on pourrait rire ensemble de la nullité du truc. Manque de bol, vers midi, coup de fil de ma patronne à la chaîne musicale qui a une uuuurgence mais qui ne peut pas s'en occuper parce qu'elle est censée défiler sur le char de la chaîne à la gay pride. Je me retrouve donc au boulot, à bosser, avec des écrans devant moi qui retransmettent ma patronne et les autres présentateurs (tous hétéros) sur le char de la chaîne en chapeaux de cowboy à asperger les passants avec des pistolets à eau morts de rire avec la musique à fond, passant devant mon pote Vincent (hétéro) qui y est avec ma coloc Sojin (hétéro). Autour de moi, 7 des dix employés qui sont restés travailler sont gay ou gouines.
2000 Ça commence plutôt bien puisque je découvre une sorte de pride alternative, pas une marche mais un concert organisé par le Buddies In Bad Times Theatre, avec des groupes queer hyper biens. Mais ma nouvelle coloc Miranda utilise notre appartement comme refuge pour ses 27 copines de banlieue. Je me retrouve donc en plein drame lesbien avec du vomis et des bouteilles cassées.
2001 Je suis en voyage aux États-Unis, et un hasard du calendrier fait que j'arrive dans chaque ville le lendemain de la pride locale. Les bars sont donc vides à peu près partout.
20002 Je suis dans une ville trop petite pour avoir une gay pride.
2003 Gay pride à Paris. Mes copains de pédérama se foutent de ma gueule parce que je me pointe au rendez vous habillé comme tous les jours, c'est à dire comme une gouine. Du coup je décide de "faire un effort" et j'attache trois fleurs en plastique à ma ceinture. On profite de la marche pour faire des sonores pour notre émission de radio. Nico interviewe un couple de bears qui sont venus à la marche. Ils expliquent que la pride c'est bien mais qu'avec des mecs habillés comme ça (ils me pointent du doigt) on va pas faire avancer les choses, si c'est pour faire passer les gays pour des follasses complètement ridicules autant rester chez soi. À ce jour, ça reste le truc le plus homophobe qu'on ma dit directement, et ça venait de pédés. Pendant la gay pride. Trois fleurs en plastique.
2004 Je décide de ne pas participer mais de venir applaudir Charles qui défile avec Act Up. Je suis assis rue de Rennes, sur le trottoir, c'est vide, j'attends que la marche arrive. À côté de moi un couple hétéro discute avec un propriétaire de magasin. Ils parlent de la pride, que c'est horrible, quand même, des enfants voient ça, non mais vous vous rendez compte, en plus ça bloque la circulation, le lobby gay quand même c'est fou ce que c'est puissant etc. Quand on aperçoit le carré de tête, ils se disent "bon que voulez vous hein, allez bon courage" et le couple entre dans une camionette. Ils en ouvrent un battant, et lancent les machines à crèpes et hot dog. En attendant Act Up, j'ai dû voir plusieurs centaines de pédés leur filer de la thune.
2005 2006 2007 2008 J'ai été mystérieusement occupé à chaque dernier week-end de juin.
2009 2010 malgré mes tentatives, ma demande de congés ce week-end là n'est pas été acceptée...